La loi Hadopi est maintenant définitivement adoptée.
La Sacem, le Snac, l’Unac, le Snep et l’Upfi se félicitent de cette loi qu’ils ont tant voulu, pour laquelle ils se battent depuis des années.
Et maintenant, que va-t-il se passer ? Probablement rien.
Sur le front de la coercition, cette loi n’effraiera que les moins informés juridiquement et les moins habiles techniquement.
Les coupures seront certainement peu nombreuses, du fait de la faible probabilité de retrouver trois fois de suite le même contrevenant, et des multiples recours devant les tribunaux que cette loi mal ficelée techniquement ne va pas manquer de générer au niveau national et européen.
Sur le front des comportements, les pro-Hadopi se féliciteront certainement de la probable baisse à venir des échanges peer-to-peer, sans prendre en compte le caractère mondial de cette évolution, liée à la facilité croissante d’échanger des répertoires entiers de baladeur à baladeur, et à la montée en puissance d’offres attractives du type Deezer et Spotify, qui permettent d’avoir accès partout à une offre extrêmement vaste.
Sur le front de la rémunération, les FAI continueront à amasser des fortunes grâce à l’accès qu’ils offrent aux répertoires culturels, et les artistes créateurs et interprètes vont continuer de voir leurs revenus fondre comme la banquise aux pôles.
Or, pendant que les représentants de la filière musicale s’arc-boutaient sur l’adoption d’Hadopi, une taxe de 0.9 % sur le CA des FAI et des opérateurs mobiles a été votée en janvier afin de financer l’audiovisuel public, ce qui représentera un montant de 380 millions d’euros par an.
Soit cinq fois les revenus annuels que la filière musicale tire d’internet et de la téléphonie mobile actuellement, et ce, pour un préjudice bien moindre (ha, ces hordes d'internautes qui téléchargent illégalement le JT de France 3...) !
Qu’a obtenu la filière musicale avec Hadopi ? Le droit de payer pour repérer les utilisateurs de sites de peer-to-peer, et la possibilité de couper l’accès internet à des fans de musique.
Une victoire, vraiment ?